Colette CATTEY

L’Association Française des Femmes Pilotes a reçu un legs de la famille Cattey et a décidé de créer « Les Bourses Colette Cattey » qui sont attribuées tous les ans par un jury depuis 2016.
Colette Cattey, présente lors de la création de l’association AFFP en 1971, avait en effet prévu, dans son testament, de faire un legs à l’association AFFP, ayant reçu elle-même la Bourse de la vocation.
D’une grande timidité, Colette Cattey disait « Je pense qu’il y a des pilotes en activité qui méritent plus d’intérêt pour leur carrière que la mienne ». Son humilité et sa persévérance ont fait de Colette Cattey un exemple pour tous .
A travers les Bourses Colette Cattey, l’AFFP a souhaité remplir son devoir de mémoire à l’égard d’une personnalité exceptionnelle et, grâce à elles, encourager et aider les jeunes femmes méritantes qui souhaitent exercer le métier de pilote à travers le financement de leur formation théorique et pratique (école – heures de vol).
Sa Jeunesse
Fille d’un fabriquant de meubles et d’une secrétaire, elle est impressionnée très jeune par les avions qu’elle voit passer, leur maison étant proche du terrain d’aviation d’Aix en Savoie. Elle dessine les avions. Son père est moniteur de ski par périodes et ancien champion de France d’aviron. Il lui fait faire du ski dès l’âge de 4 ans et il est très fier de ses progrès rapides. Durant ses études, elle écrit des poèmes et dessine toujours des avions en rêvant du métier de pilote de ligne. Son père lui offre un baptême de l’air quand elle obtient son brevet. Malgré sa timidité, elle décide de s’inscrire au brevet d’initiation aéronautique qui lui donnera droit à l’époque à 8h de vol gratuites. Elle se motive sur les matières scientifiques pour réussir l’examen. Son baptême de l’air à Challes-les-Eaux a lieu sur un Storch, avion allemand à moteur en étoile qui servait à remorquer les planeurs, elle est enthousiasmée. Ses parents se décident alors à lui payer des cours de pilotage. Sa mère avait pourtant une peur bleue du vol, mais elle eut la présence d’esprit de penser que le trajet de Colette à mobylette pour aller à l’aéroport était bien plus dangereux. Colette du alors téléphoner à chaque arrivée de ses trajets vers l’aéroport. Plus tard, Mr Cattey fut un passager comblé avec Colette tandis que sa mère ferma les yeux durant tout le vol, ce qui ne l’empêchait pas d’être très fière de sa fille. Colette obtient son brevet de premier degré à 18 ans le 29 septembre 1956. Elle continue sa formation à Voglans pour le 2ème degré avec l’instructeur Guyard qui lui avait fait faire son baptême de l’air. Elle décroche le brevet de pilote privé le 12 juillet 1957, puis celui de planeur quelques semaines après. Son instructeur la félicite pour sa belle progression et l’encourage alors à devenir instructrice. Ce qui enthousiaste Colette et sa famille accepte l’idée qu’elle devienne instructrice avion plutôt que professeure d’éducation physique. Après son baccalauréat, elle fait un an de secrétariat pour payer ses heures de vol tout en faisant des baptêmes de l’air à l’aéroclub et en accompagnant les jeunes pilotes inexpérimentés sur leurs navigations.


La voltige
Enfin en juillet 1959, Colette devient la plus jeune des instructeurs avions en France. Dans la foulée, elle devient instructrice planeur en juin 1960. Ne trouvant pas d’emploi en Savoie, elle déménage à Châlons-Sur-Marne pour apprendre la voltige. Ce sport aérien complète parfaitement sa formation et l’enthousiasme. Sa sensation de liberté en plein air sur les biplans comme le Stampe est immense. De plus, elle complète sa formation avec les plus grands de l’époque comme Passadori à Carcassonne. Après 30 heures de cours seulement, elle est inscrite aux championnats de France de voltige en septembre 1963 et remporte la coupe Marcel Doret à l’âge de 26 ans. C’est un exploit vu qu’elle n’a même pas pu s’entrainer sur le terrain de la compétition (Biarritz) avant l’épreuve, ce qui est un handicap certain. Malgré tout elle obtient 712 points dans la catégorie « dames », comparables aux 746 point du 5ème des « messieurs ».
Elle envisage donc l’instruction en voltige, elle qui est une pédagogue née, mais cette fonction est interdite aux femmes à l’époque au prétexte que les organes des femmes ne supporteraient pas cette activité. On en revient aux interdictions avancées du temps des Montgolfières…L’argent étant le nerf de la guerre en voltige, elle doit donc renoncer à vivre de son activité favorite qui lui aurait permis d’envisager la compétition internationale. Son instructeur de voltige, Mr Passadori, soutien inconditionnel, lui parle alors de la Fondation de la Vocation. Elle doute que son cas intéresse les personnalités qui composent le jury, mais une belle étoile vient la défendre : la célèbre Jacqueline Auriol. Colette est donc sélectionnée pour cette bourse en 1963.


De plus, Mr Poirier, directeur des services de la formation aéronautique, qui avait remarqué son talent à Biarritz, l’aide à rentrer comme instructrice et cheffe-pilote à l’aéroclub du SGAC à St-Cyr l’École. Elle y restera jusqu’en 1967 et en profite pour s’initier au vol sans visibilité. Le reste de sa bourse ne suffisant pas, elle emprunte et obtient son brevet de VSV en 1971. Ceci lui permet d’enseigner cette discipline tout en avançant vers le brevet de pilote de ligne. Elle est instructrice à l’Aéro-Club de Saint-Étienne-Bouthéon de 1968 à 1969. Puis elle devient Instructrice Cheffe-pilote de l’Aéroclub du Rhône et du Sud-Est avec 4 instructeurs sous ses ordres de 1969 à 1972.
Enfin pilote de Ligne
Enfin elle réussit à rentrer à Air Alpes comme pilote de ligne. C’est le retour à sa région natale sur l’aéroport d’Aix-les-Bains. Elle doit alors faire face à la ségrégation de certains chefs de centre chargés de la formation : « vous êtes une femme, on vous mettra des bâtons dans les roues. » À cette époque, elles sont huit femmes pilotes de ligne en France, employées à Air France à l’Aéropostale, à Touraine-Air-Transport, Air Rouergue, UTA, Air Alpes et restent en contact au sein de l’Association des Pilotes Française. Elle vole sur Beechcraft 99 puis en 1975 sur Fokker 27. Il ne lui reste plus qu’à obtenir le brevet de pilote de ligne pour pouvoir devenir Commandante de Bord, mais il lui manque 80 000F. Elle vole beaucoup, entre 80 et 90h par mois (ce qui est représente beaucoup d’étapes en moyen-courrier) et sillonne l’Europe. Parfois des passagers s’étonnent de voir une femme en montant à bord, mais s’excusent ensuite. Elle accumule un nombre impressionnant d’heures de vol soit 11 000h.

Un ami, Mr Henri Lombard, mécanicien dans l’armée pour la patrouille de France puis au sein de RECTIMO Aviation sur le terrain de Chambéry Aix-les-Bains en 1969 témoigne :
« Moi j’arrive en juin 1969 et tombe sous son ” charme ” son aura, son prestigieux palmarès.Avant mon temps militaire (début septembre 69 à fin septembre 70), je passe juin, juillet, août moi comme mécanicien et Colette monitrice.
De retour en octobre 1970 je retrouve l’Aero Club et Colette. Même si je lui ai souvent lors de mes permissions rendu visite, la retrouver au quotidien était de bons moments. Colette a été une AMIE. En quelque sorte un ami féminin. Nos différences d’âges moi né en 1949 et Colette en 1937 faisait que j’avais un très grand respect pour elle.
Quelques sorties de skis, elle qui était née au pied du mont Revard évoluait sur les skis tout naturellement.
Complice lorsqu’il fallait trouver assez d’essence pour qu’elle puisse s’entraîner en IFR, (j’avais la gestion de l’essence pour tous nos avions !)


Complice lors des vols de sortie de visites mécaniques.Je faisais les vols de sortie de grandes visites des avions avec Colette comme pilote sur C172 pour Véritas. Elle me donnait tous les paramètres de manière très précise. Ses départs de vrille (phase délicate) étaient parfaitement maîtrisés et j’étais très confiant et rassuré avec elle.
Complice lorsqu’elle conduisait sa Lancia Fluvia V4 pour rendre visite à ses parents au 6 rue Elvire à Aix les Bains. Ou le chrono invariablement indiquait guère plus qu’une heure sans autoroute !!!!.
Quelques ” anecdotes ” que Colette m’avait rapportées :*Papa Lucien, menuisier remettant en état des bateaux, Colette était chargée de les tester. Lors de ces tests elle aurait battu des records de visites sur le lac d’Aix, elle aurait un record français de Hors Bords.
* Lors de son1er lâché en planeur, le câble de remorquage est resté accroché au remorqueur.L’avion remorqueur (piloté par Jacques Angot qui sera chef pilote à Passy / Sallanches / Megève) ne s’en est pas aperçu tout de suite et a commencé à piquer à une allure vertigineuse. Colette a suivi et enfin ils ont réussi à se poser ensemble, les secours pompiers ayant été déclenchés…
L’insigne d’Or brodée
Mr Robert Rosselo, créateur de RECTIMO AVIATION société installée en 1972 sur le terrain de Chambéry-Aix les Bains apprécie beaucoup Colette Cattey.
Puis arrive une nouvelle vie : Colette entre en “religion ” avec Air Alpes. Il lui faut donc l’insigne de pilote. C’est ma maman, brodeuse en fil d’or, qui lui brodera sa première insigne Air Alpes. (Insigne que l’on devine sur une photo). Elle est embauchée par Christian Lacour à la TAT.
Elle entre dans le cercle très fermé des FEMMES PILOTES DE LIGNE. La maman Cattey est légitimement très fière de sa fille, le papa, Lucien est plus discret.
Pour mon mariage, Colette est en vol. Les rencontres se font plus rares. Je suis désormais technicien de service après-vente et parcours la région. Le téléphone portable n’a pas encore été inventé, nos conversations sont hélas espacées. Puis ayant en charge des entretiens de groupes électrogènes en Savoie, je passe à l’occasion saluer les parents Cattey.

Jusqu’au jour du mois de février où, travaillant à Aix j’envisage de rendre visite à Colette. ! Les voisins m’interpellent pour m’informer le décès de Colette dont les funérailles eurent lieu la veille. Les parents Cattey me voyant m’accueillent en pleure. Ils sont complètement contrariés de n’avoir pas réussi à m’avertir. C’est Colette qui avait Mes coordonnées. Je passe le reste de l’après-midi au cimetière auprès de celle qui fut et reste une AMIE. Un marbre porte la mention : Pilote de ligne.
Devenant retraitée, elle ne volait plus. Trop onéreux m’avait-elle dit. Mais elle continuait à enseigner, je crois, le tir sportif au pistolet dans le club d’Aix.
Le lendemain, travaillant à l’hôpital, le personnel m’a parlé d’elle comme d’une malade super sympa.
Colette c’est envolée, dans ce monde qu’elle avait tant aimé. »